Faire les Soldes : péché mortel ?

Nous avons (presque) arrêté de faire les soldes. Depuis que nous fuyons autant que possible la « fast-fashion », produite à l’autre bout de la planète dans des conditions scandaleuses, responsable de 20 % de toute la pollution de l’eau dans le monde, produite en trop grande quantité et de mauvaise qualité, nous avons dû réfléchir à une autre façon de nous habiller. Parce que oui, même les écolos s’habillent. Enfin, ceux qui ne vivent pas tous nus dans les bois…. 😉

Toujours plus de soldes, toujours plus de consommation, toujours plus de pollution…
Source : Wikimedia commons

Oui, on a besoin de vêtements. Surtout les enfants, qui poussent comme des champignons… Et j’ai moi aussi un sacré vide dans ma garde-robe : deux grossesses et allaitements à la suite ont pas mal modifié mon corps, et je n’ai plus grand-chose qui me corresponde, tant en termes de style que de morphologie. La maternité m’a décidément transformée ! Quant à mon mari (<3), il a quelques besoins ponctuels, mais rien de très exceptionnel ou récurrent. Clairement pas une fashion-victime, mon homme. Nous nous sommes donc penchés sur d’autres façons de nous habiller, de façon plus éthique et moins polluante.

Déjà, comme j’ai commencé à coudre il y a maintenant un peu plus d’un an, j’essaie de faire moi-même la plupart de nos vêtements. Cela prend beaucoup de temps, que je n’ai pas forcément, mais cela m’a réellement fait prendre conscience que lorsque j’achète un t-shirt à 5€, j’exploite forcément quelqu’un : faire un t-shirt, ça prend du temps, et si l’on enlève à ces 5€ le prix de la matière, du transport, et la marge que se font les revendeurs, il ne reste plus grand-chose pour l’ouvrière chinoise qui a fabriqué le t-shirt en question. En faisant nos propres vêtements, au moins, je sais qu’il n’y a qu’une seule personne que j’exploite, et c’est moi. Par ailleurs, pour moins polluer, je choisis presque exclusivement des matières naturelles comme le coton ou le lin. Cela évite, à chaque lavage, de libérer de nombreuses particules de plastique dans l’eau… Idéalement, j’aimerais acheter du coton bio, mais c’est malheureusement hors budget pour nous, actuellement. Parce que la culture du coton est extrêmement polluante : on y déverse une quantité astronomique de pesticides, qui s’ajoutent à un énorme besoin en eau de la plante de coton. Mars-elle, créatrice de tissu en coton bio, explique tout ça très bien sur son blog.

Une friperie à Prague
Source : Wikipedia

La deuxième solution, c’est bien sûr les achats en seconde-main. Ici, en Tchéquie, c’est très répandu, il y a des friperies à tous les coins de rue. On y trouve des vêtements en bon état et à tout petit prix. Deux problèmes, pour moi, avec cette solution : d’une part on n’a pas du tout le look tchèque, donc on a du mal à trouver notre bonheur, et d’autre part, les vêtements qu’on y trouve sont issus de la fast-fashion, donc de qualité moyenne (voire médiocre). Du coup même si on achète en friperie un pantalon en bon état (parfois même neuf), il ne dure pas très longtemps. Mais au moins, on aura évité la production d’un pantalon supplémentaire et non nécessaire.

La dernière solution, c’est d’acheter plus cher mais plus durable. Cela demande un vrai effort financier, mais qui sera a priori rentabilisé assez rapidement. C’est tout nouveau pour nous, à vrai dire : nous n’avons acheté qu’un seul pantalon pour mon mari, pour l’instant. Mais nous espérons vraiment qu’il va durer longtemps, et que nous n’aurons pas à le remplacer pendant plusieurs années !

Mon (petit) stock de tissus. Je les aime tous d’amour, et les ai choisis avec soin.

Et les soldes, dans tout ça ? Eh bien, en procédant de cette façon, on n’a pas tellement besoin d’aller faire les soldes, parce qu’on trouve à petit prix toute l’année en friperie, ou qu’un pantalon dure 10 ans au lieu d’une saison. Principale exception : les tissus. C’est un produit cher (et c’est normal, vues les ressources que demande sa production), mais pour lequel j’essaie tout de même de profiter des promotions. Ce n’est sans doute pas complètement cohérent. Mais comme vous savez, on fait tous à notre niveau avec nos moyens !

Il y a d’autres choses pour lesquelles nous profitons parfois des soldes : ce sont les objets du quotidien dont nous pouvons avoir besoin, mais qui coûtent trop cher pour qu’on puisse les acheter dans la vie normale. On attend donc que les prix soient réduits pour pouvoir nous les offrir. J’ai par exemple acheté ma machine à coudre en soldes, mais aussi ma grosse cocotte en fonte qui me durera toute ma vie (et peut-être même tout celle de mes enfants!)… Bref, les soldes, c’est pas idéal parce qu’elles sont à la fois les initiatrices et les conséquences de la sur-consommation. Mais je pense qu’il faut être pragmatique et les utiliser à bon escient et en pleine conscience.

Si vraiment vous voulez faire les soldes, voici une petite méthode pour les faire intelligemment. C’est la désormais célèbre « méthode BISOU », mise au point par Marie Duboin et Herveline Verbecken :
Besoin : ai-je un réel besoin de cet objet?
Immédiat : en ai-je besoin tout de suite maintenant, ou est-ce que ça peut attendre ?
Semblable : n’ai-je pas déjà un objet qui a la même utilité, ou que j’utilise pour la même chose ?
Origine : d’où vient ce produit ? Suis-je en accord avec son mode de production, son origine, etc ?
Utile : cet objet va-t-il vraiment m’être utile ? Que m’apporte-t-il de différent, de nouveau, d’important ?

Si vous vous posez toutes ces questions, et que vous y répondez avec honnêteté, vous devriez être capables de faire les soldes avec votre cerveau, et pas seulement avec vos émotions, et donc consommer de façon plus responsable. Je vous y encourage ! Les vêtements que vous aurez achetés, vous les porterez vraiment parce qu’ils correspondent à un vrai besoin.

Et vous ? Vous faites les soldes ? Pourquoi ? Comment ? Dites-moi tout dans les commentaires !

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