« L’écologie, de toute façon, c’est un problème de riches! » — Oui, mais…

Nous sommes rentrés la semaine dernière de 10 jours de vacances en France, dans ma belle-famille. Nous avons immanquablement eu la traditionnelle discussion sur l’écologie, et ma belle-sœur indonésienne a clos la conversation avec cette phrase :« De toute façon, dans mon pays, l’écologie c’est un problème de riches ». Je n’ai rien répondu sur le coup, parce que je ne connais rien de son pays et que je ne voulais pas commettre d’impair. Et aussi parce que j’avais besoin de réfléchir à cette question plus posément pour y mettre les mots justes. Et voilà quel est le fruit de ma réflexion (que je base bien entendu sur ma perception du monde, et sur le mode de vie que je connais, à savoir le mode de vie occidental).

Manger des tomates bio coûte plus cher que les tomates aux pesticides qui poussent sous serres chauffées en Espagne, c’est vrai. Un savon solide coûte plus cher qu’un gel douche, c’est vrai (mais il dure au moins deux fois plus longtemps !). Acheter des vêtements conçus et cousus de façon éthique avec des tissus bio coûte plus cher que la fast-fashion, c’est vrai. Privilégier la consommation à échelle locale et l’artisanat coûte plus cher que le made in China et Amazon, c’est vrai aussi. C’est vrai, adapter son mode de consommation à une vision écologique des choses, ça a un coût. Cela peut même être un effort financier qu’on ne peut pas se permettre. De ce fait, les plus pauvres d’entre nous ne peuvent pas toujours être aussi écolo qu’ils le voudraient (à commencer par nous ! Si on avait plus de sous, on achèterait notre maison de rêve à la campagne, qu’on rendrait la plus autonome possible, et tout ! Mais on ne peut pas).

Oui, on prend l’avion, parfois. Même moyennement riches, l’écologie est notre problème.

Donc oui, consommer de façon plus écologique est souvent plus accessible aux riches qu’aux autres. Comme tout le reste, cela dit. Mais je ne suis pas là pour parler d’égalité sociale. La question, aujourd’hui, c’est toujours le coup des riches et de l’écologie. Ce qui m’interroge pas mal, déjà, dans cette question, c’est de savoir ce qu’est un riche. Quelqu’un qui vit au-dessus du seuil de pauvreté ? Quelqu’un qui gagne le smic ? Ou à partir de deux fois le smic ? Ou alors seulement quand on s’appelle Bolloré ? C’est déjà hyper flou, on est bien d’accord. Donc à partir de quel revenu on peut se préoccuper de l’écologie ? On est tous le riche de quelqu’un ! Et chacun, à son niveau, et selon son budget, peut agir : regrouper ses déplacements pour moins prendre la voiture, faire pipi sous la douche… et surtout, utiliser son droit de vote ! Parce que c’est dans les urnes qu’on peut réellement changer les choses. Mais je ne vais pas épiloguer là-dessus, je le ferai peut-être dans un prochain article, si ça vous intéresse.

Pour en revenir aux « riches » (qu’on n’a toujours pas défini, je sais…), il y a quelque chose de très vrai dans ce que dit ma belle-sœur : l’écologie est leur problème. Mais je dirais plutôt que l’écologie est LE problème DES riches, et non pas « un problème de riches ». Parce que oui, quand on est riche on consomme davantage que quand on ne l’est pas. La grosse BMW de mon voisin consomme plus que ma Xsara Picasso. Mais ma Xsara consomme plus que la Clio de ma cousine. Parce que oui, quand on est riche, on peut s’offrir un petit week-end au Portugal ou à Amsterdam (en avion bien entendu), et la semaine suivante à Marrakech, alors qu’il est tout à fait possible de passer un bon week-end reposant ou amusant près de chez soi ! Mes beaux-parents ont passé leur lune de miel dans le Cantal, l’expérience n’en était pas moins belle que la nôtre, qui sommes partis à Dublin, ou que celle de ma sœur qui a visité la Croatie… Quand on est pauvre, on ne va pas se racheter un smartphone dernier cri juste parce qu’il est mieux que l’ancien, on ne fait pas de croisière sur des gros bateaux, etc. MAIS, quand on n’est pas riche, juste « normal », juste le « riche » du plus pauvre que nous, nous avons toujours des comportements anti-écologiques et non-nécessaires.

L’écologie, c’est le problème des riches, ou devrais-je dire, des pays riches, parce que c’est nous, nos habitudes, notre mode de consommation, qui sommes responsables de ce désastre écologique. Pas les Africains qui vivent sans électricité ni eau courante. Pas les Chinois pauvres de l’arrière-pays. Ce ne sont pas tous ces gens qui vivent avec peu (voire rien, de notre point de vue occidental !) un peu partout dans le monde, dans les pays qu’on dit « en voie de développement » (lol). C’est nous, les responsables. Nous qui sommes riches, même si nous nous trouvons pauvres, ou simplement pas assez riches. Dans ce sens, oui, l’écologie est un problème de riches. Parce que les pauvres polluent moins. Beaucoup moins.

L’écologie, un problème de riche ? C’est surtout les riches qui sont le problème de l’écologie !

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